«Je laisse de plus en plus la peinture s’exprimer et m’offrir ses petits miracles.

Pour y parvenir, j’ai abandonné presque totalement les matériaux destinés aux artistes.

Je fabrique mes couleurs avec tout ce qui me tombe sous la main : terres, cendres, pierres pulvérisées, coquilles d’oeufs, poudres métalliques oxydées, charbon, bitume, poudre noire, brûlage et enfumage, mixés dans différents liants gras ou maigres.

L’imperfection’’ de ces ‘’Ersatz’’ de peinture provoque des effets accidentels d’une richesse incomparable en regard des produits estampillés ’’Beaux-arts’’.

Comme sur une scène de théâtre où l’auteur a disposé des personnages aux caractères différents pour en observer les interactions, je répands sur mes supports différentes préparations qui se mélangent, s’évitent, se repoussent ou se submergent.

Je veux être le premier spectateur de ce qui se passe, dialoguer avec la matière, voir où elle m’emmène et parfois lui imposer ma volonté. Le dialogue peut alors devenir un combat où tous les coups sont permis : décapage, ponçage et même brûlage.

Reconstruire sur les vestiges d’un échec peut s’avérer être une bonne stratégie.

En fin de compte, j’aimerais que mes tableaux ne semblent pas avoir été peints, qu’ils sont le fruit du hasard, du temps, de l’usure, des réactions chimiques, que ce que l’on voit n’est qu’une étape de leur évolution.

Vu les matériaux utilisés, cela pourrait d’ailleurs bien s’avérer être le cas.»

Jean-Pierre Grélat, janvier 2020

 

Peintre d'origine jurassienne, né à Courtemaîche (JU) en 1956.
Vit et travaille à Genève.

«Mehr und mehr lasse ich die Malerei sich selbst ausdrücken und mir ihre kleinen Wunder darbieten. Um dies zu erreichen, verzichte ich fast vollständig auf Materialien, die für Künstler bestimmt sind.

Ich stelle meine Farben aus allem her, das mir in die Hände gerät und das ich mit verschiedenen wasserlöslichen oder öligen Bindemitteln mische: Erde, Asche, zerstossene Steine, Eierschalen, oxidiertes Metallpulver, Kohle, Asphalt, Schwarzpulver, Verbranntes und Verräuchertes.

Die Unvollkommenheit dieses "Farbenersatzes" führt zu unvorhersehbaren Effekten von unvergleichlichem Reichtum gemessen an Produkten, die unter "Schöne Künste" laufen.

Es ist wie auf einer Theaterbühne, auf der der Autor Figuren verschiedenen Charakters anordnet und ihre Interaktionen beobachtet: Ich verteile auf meinem Untergrund verschiedene Zubereitungen, die sich vermischen, vermeiden, abstossen oder übereinander fliessen.

Ich will der erste Zuschauer sein, der dieses Geschehen beobachtet, ich will mit dem Material in Dialog treten, sehen, wohin es mich führt und ihm mitunter meinen Willen aufzwingen. Der Dialog kann dann zu einem Kampf werden, bei dem alles erlaubt ist: Abbeizen, Abschleifen und sogar Abflämmen.

Auf den Resten eines Misslingens neu zu beginnen kann sich als gute Strategie erweisen. Eigentlich wünsche ich mir, dass meine Bilder nicht wie gemalt wirken, sondern dass sie das Ergebnis von Zufall, Zeit, Abnutzung und chemischen Reaktionen sind, dass das, was wir sehen, nur eine Etappe ihrer Entwicklung ist.

Angesichts der verwendeten Materialien könnte dies durchaus der Fall sein.»

Jean-Pierre Grélat, Januar 2020